Interview vidéo institutionnelle – Focus sur le métier de Sound Designer – Sylvain Chapelier

15 décembre 2018 • par Gabriel Picard5 min de lecture
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Aujourd’hui le design d’expérience dépasse la simple communication visuelle. La maîtrise de l’univers sonore est devenue un outil de démarcation essentiel, notamment pour les vidéos institutionnelles et la publicité. En influant directement sur le bien-être, le comportement de l’individu, et en restant l’élément le mieux mémorisé d’un mix marketing, le son captive et séduit tant les entreprises que leur public.

Mais au fait, ça sert à quoi le son dans la production motion ?

Rencontre avec Sylvain Chapelier, créateur d’univers sonore & collaborateur de longue date de myMotion.

Peux-tu nous définir le métier d’un
sound designer ?

Le sound designer crée et dirige l’univers sonore qui habillera différents médias ou systèmes : jeu vidéo, cinéma, publicité, mais aussi des sources matériels (comme une voiture : sons d’accueil, d’alerte, etc). Il prend une place centrale dans l’ambiance et l’immersion, et doit aussi orienter l’auditeur dans la direction voulue par le projet, en lui indiquant diverses informations.

Quel est ton propre parcours ?

J’ai commencé dans la production musicale. Après quelques projets j’ai retrouvé un ami d’enfance, Gabriel Picard, qui avait entre temps co-fondé Atomic Soom – aujourd’hui Atomic Digital Design – et qui m’a proposé de travailler sur la sonorisation de divers projets, des éléments de communication pour des entreprises autant que des séries animées et produits interactifs. Je n’avais jamais vraiment travaillé sur le son à l’image, et j’ai adoré : c’est génial de faire différents tests et d’atteindre le réalisme attendue, la bonne intention.

Quels sont les besoins spécifiques (en son) pour une production en motion design, par exemple pour une vidéo institutionnelle ?

Contrairement à la prise de vue réelle, le motion design est créé de toute pièce, comme un dessin animé. Il n’y a aucune prise sonore d’origine, il faut tout créer. Donc on s’inspire du monde réel , mais on peut aussi le réinventer et l’orienter dans la direction de notre choix. Une porte qui s’ouvre peut faire un bruit de bois et de poignet métallique, mais peut aussi faire un joli son de cloche, pour signifier une action positive, un accomplissement. Il est souvent intéressant de mixer les 2, réel et imaginaire, pour une meilleure identification.

Techniquement je fais beaucoup de prises de son avec un enregistreur portable, pour des ambiances, des instruments ou des objets précis. Ensuite tout se passe sur informatique. Le principal besoin est de comprendre la direction du projet, son objectif. Et d’avoir le plus de temps possible pour discuter et trouver les bonnes solutions !

Peux-tu nous décrire les phases de production ?

Quand j’accueille un projet, j’aime discuter avec le commanditaire et prendre beaucoup de notes. Le processus de création commence le plus souvent par trouver le bon tempo : je regarde plusieurs fois la vidéo, ou teste plusieurs fois le jeu, et il va se dégager une pulsation un rythme statique, lent, dynamique, frénétique… Je peux choisir d’accompagner ou de m’opposer à ce rythme selon les cas. Ensuite je recherche les sonorités adéquates, je travaille le style d’instruments et d’effets sonores en même temps, pour créer un univers unique et cohérent. Enfin il faut intégrer au média : montage, mixage, mise aux normes de diffusions etc.

La création sonore est-elle valorisée aujourd’hui lors du développement des projets, ou au contraire jugée peu prioritaire ?

La vue reste le sens premier, donc l’audio passe, de manière générale, au second plan. On « regarde » un film, une pub, une vidéo institutionnelle, sans s’apercevoir que l’élément le mieux mémorisé est le son ! Son impact est encore largement sous estimé.

En termes de production, la réalisation sonore fait techniquement partie de la « post-production », donc elle arrive « en fin de chaîne ». Mais penser, choisir et concevoir l’univers sonore en amont, telle une charte graphique, augmentera considérablement son impact. Je pense qu’aujourd’hui la place du son évolue dans le bon sens, surtout dans la pub : la surexploitation de l’image fait qu’il devient un véritable élément de différenciation, et un gage de qualité. Quand le son est soigné, c’est bon signe !

Quel(s) conseil(s) donnes-tu à un client novice en matière de conception sonore ?

A l’heure des expériences interactives, de la réalité virtuelle ou augmentée, il y a un véritable « enjeu sonore ». Mon principal conseil est donc de le prendre sérieusement en considération. Aujourd’hui plus que jamais, c’est une grande erreur de penser que la place du son est simplement de combler le vide.

Le « vocabulaire sonore » d’un média peut paraître flou ou subjectif, mais il répond à des codes et véhicule un message, autant que l’image. Il va sensibiliser et convaincre par l’émotion. Sa création doit être entièrement maîtrisée, pensée et adaptée à tous les critères du projet : les valeurs de la marque, du produit, la cible, l’époque, la culture… Pour tout ça (ce sera mon second conseil), le client peut me faire confiance.

Retrouvez l’univers de Sylvain sur son site internet : www.sylvainchapelier.com

Co-fondateur, Creative Director chez myMotion.